Évolution des agressions en France 2016-2026 : chiffres officiels et analyse

L’évolution des agressions sur personnes en France : une décennie de hausses, de nuances et de questions

Analyse basée sur les données officielles du SSMSI • Octobre 2026

Depuis 2016, le nombre de victimes de violences physiques enregistrées par la police et la gendarmerie a fortement progressé. Derrière les chiffres bruts se cachent des dynamiques complexes : libération de la parole, amélioration de l’accueil des victimes, mais aussi une violence hors cadre familial qui ne baisse pas. Voici un état des lieux précis, sourcé et nuancé.

1. Le cadre méthodologique : ce que mesurent vraiment les statistiques

Avant d’entrer dans les chiffres, il est indispensable de rappeler ce que les données du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) mesurent réellement. Il s’agit des faits portés à la connaissance de la police et de la gendarmerie, principalement via le dépôt de plainte. Ces chiffres ne représentent donc pas l’intégralité des agressions subies, mais uniquement celles qui ont fait l’objet d’un enregistrement administratif.

Cette distinction est cruciale. Les enquêtes de victimation – notamment l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS) – montrent depuis des années que le taux de dépôt de plainte reste faible pour de nombreuses atteintes aux personnes. Pour les violences sexuelles physiques, il peut descendre autour de 6 %. Pour les violences conjugales, il oscille autour de 16 %. Une hausse des enregistrements peut donc refléter autant une augmentation réelle des faits qu’une plus grande propension des victimes à se manifester, ou une meilleure capacité des services à les accueillir.

Point de vigilance : depuis plusieurs années, le SSMSI insiste sur ce biais. Les hausses observées pour les violences intrafamiliales et sexuelles s’inscrivent explicitement dans un contexte de « libération de la parole » et d’amélioration des conditions d’accueil des victimes (formations des personnels, référents spécialisés, articulations avec les services sociaux et hospitaliers). Une hausse n’équivaut donc pas automatiquement à une explosion de la violence réelle.

Les données utilisées dans cet article proviennent exclusivement des publications du SSMSI (bilans annuels « Insécurité et délinquance », analyses Interstats, notes de conjoncture). Elles couvrent la France entière (métropole et DROM) et portent sur les crimes et délits enregistrés.

2. Les chiffres clés de 2025 : un nouveau record d’enregistrements

En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré environ 473 000 victimes de violences physiques constituant des crimes ou délits. C’est une hausse de 5 % par rapport à 2024, après une année de quasi-stabilisation (+1 %). Ce niveau est le plus élevé de la série disponible depuis 2016.

473 000 Victimes de violences physiques en 2025
+5 % Évolution 2024 → 2025
+6 %/an Moyenne annuelle 2016-2025
24 % Part des mineurs parmi les victimes

Ces 473 000 victimes se répartissent de façon quasi égale entre deux grands cadres :

  • Violences physiques intrafamiliales : environ 256 700 victimes (+5 % sur un an). Elles représentent un peu plus de la moitié du total (54 %).
  • Violences physiques hors cadre familial : environ 215 700 victimes (+5 %). Elles concernent la rue, les transports, les établissements scolaires, les commerces, les lieux de travail, etc.

Parmi l’ensemble des victimes de violences physiques, 24 % sont mineures (environ 114 500). La hausse est particulièrement marquée pour les mineurs (+10 %) par rapport aux majeurs (+4 %).

Côté violences sexuelles, le SSMSI a enregistré environ 132 300 victimes en 2025, soit une progression de 8 %. Les viols et tentatives de viol progressent encore plus rapidement (+9 %). Plus de la moitié de ces victimes (58 %) sont mineures.

Les homicides, quant à eux, restent à un niveau stable : 975 victimes en 2025 (évolution quasi nulle). Les tentatives d’homicide continuent en revanche d’augmenter (+4 %, à environ 4 477 victimes).

3. Une décennie de progression : le recul depuis 2016

La série longue disponible depuis 2016 permet de mesurer l’ampleur du phénomène. En 2016, le nombre de victimes de violences physiques s’établissait autour de 277 000. En 2025, il dépasse 472 000. Cela représente une hausse globale d’environ 70 % en neuf ans, soit une moyenne de +6 % par an.

Cette progression n’est pas uniforme :

  • Les violences intrafamiliales ont plus que doublé (de 113 800 victimes en 2016 à 256 700 en 2025), avec une croissance moyenne de +9 % par an.
  • Les violences hors cadre familial ont progressé plus modérément (+3 % par an en moyenne).

La part des violences intrafamiliales dans le total des violences physiques est passée d’environ 41 % en 2016 à 54 % en 2025. Ce basculement structurel est l’un des faits majeurs de la décennie.

Indicateur 2016 (approx.) 2025 Évolution moyenne annuelle
Violences physiques (total) 277 000 472 400 – 473 000 +6 %
dont intrafamiliales 113 800 256 700 +9 %
dont hors cadre familial ~163 000 215 700 +3 %
Violences sexuelles ~50 000 – 55 000 132 300 +11 %
Tentatives d’homicide ~2 000 4 477 +8 %

Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte de politiques publiques volontaristes : Grenelle des violences conjugales (2019), renforcements législatifs successifs, formations massives des personnels de police et de gendarmerie, création de référents, meilleure articulation avec les hôpitaux et les associations. Le SSMSI lui-même attribue une part significative de la hausse des enregistrements à ces facteurs.

4. Qui sont les victimes ? Profils et contextes

Violences intrafamiliales

Dans le cadre familial, les victimes sont majoritairement des femmes (73 % pour les violences physiques intrafamiliales). Les violences conjugales représentent l’essentiel de ce volume (environ 79 % des victimes de violences physiques intrafamiliales en 2025). Les mineurs constituent une part importante, surtout dans les violences intrafamiliales non conjugales (environ 80 % des victimes de ce sous-ensemble).

Les violences conjugales avaient doublé entre 2016 et 2023. L’année 2024 avait marqué une quasi-stabilisation (+0,4 %). En 2025, elles repartent légèrement à la hausse.

Violences hors cadre familial

Hors de la famille, le profil s’inverse : les victimes sont majoritairement des hommes (68 à 69 %). Elles sont également plus jeunes : la moitié a moins de 30 ans. Ces faits concernent la voie publique, les transports en commun, les établissements scolaires, les commerces, les lieux de loisirs ou de travail.

C’est dans cette catégorie que se concentre une grande partie de ce que l’on appelle communément les « agressions de rue » ou les « rixes ». Les données de 2025 et du premier semestre 2026 montrent que cet indicateur se maintient à un niveau élevé, après une relative stabilisation entre mi-2022 et fin 2025.

Les mineurs : une hausse particulièrement forte

Entre 2016 et 2025, le nombre de mineurs enregistrés comme victimes a augmenté de 77 % (+7 % par an en moyenne), soit six fois plus que la hausse observée pour les majeurs. La part des mineurs parmi l’ensemble des victimes enregistrées est passée de 6 % à 9 %.

Pour les violences physiques, le nombre de victimes mineures a été multiplié par 2,1. Pour les infractions à caractère sexuel, il a été multiplié par 2,6. Ces hausses s’expliquent en partie par des évolutions législatives (protection des mineurs), par la libération de la parole et par une meilleure détection dans les milieux éducatifs et médico-sociaux.

5. Les mis en cause : un profil stable mais des évolutions notables

En 2025, environ 342 800 personnes ont été mises en cause pour violences physiques. 80 % sont des hommes. Pour les violences hors cadre familial, un tiers des mis en cause a moins de 20 ans, et 35 % ont entre 15 et 24 ans.

Un fait intéressant sur la décennie : la part des mineurs parmi les mis en cause a diminué (de 17 % en 2016 à 11 % en 2025), alors que le nombre de mineurs victimes a fortement augmenté. Pour les violences physiques, le nombre de mineurs mis en cause est resté globalement stable, tandis que celui des majeurs a progressé.

Les données du SSMSI montrent également que les étrangers sont plus fréquemment mis en cause pour les atteintes aux biens que pour les atteintes aux personnes, relativement à leur part dans la population. Pour les violences physiques et sexuelles, la grande majorité des mis en cause sont de nationalité française.

6. Les limites des chiffres et ce que disent les enquêtes de victimation

Les statistiques d’enregistrement ont un biais structurel : elles dépendent de la propension à porter plainte. L’enquête VRS (Vécu et ressenti en matière de sécurité) apporte un éclairage complémentaire précieux.

Selon les dernières éditions de cette enquête :

  • Seule une victime de violence sexuelle physique sur une vingtaine environ dépose plainte.
  • Pour les violences conjugales, le taux de plainte tourne autour de 16 %.
  • Pour les violences physiques hors cadre familial, environ une victime sur cinq signale les faits aux services de sécurité.

Les principales raisons invoquées par les victimes qui ne portent pas plainte sont : le sentiment que « cela n’aurait servi à rien », la perception que les faits n’étaient « pas assez graves », ou la crainte de ne pas être prises au sérieux.

Ces taux de sous-déclaration élevés signifient que les chiffres du SSMSI sous-estiment largement le volume réel des agressions. Ils permettent en revanche de suivre les tendances, à condition de rester prudent dans l’interprétation des hausses.

En résumé méthodologique : une hausse des enregistrements peut traduire une hausse réelle des faits, une hausse du taux de plainte, une meilleure détection par les services, ou un mélange des trois. Pour les violences intrafamiliales et sexuelles, le SSMSI estime que l’effet « libération de la parole + meilleur accueil » est important. Pour les violences hors cadre familial, cet effet est plus limité, ce qui rend la hausse (même modérée) plus préoccupante.

7. Les dynamiques récentes (2024-2026)

Après des années de hausses fortes (notamment 2021-2023), l’année 2024 avait marqué un ralentissement net pour les violences physiques (+1 %). 2025 a vu un rebond (+5 %), qui reste cependant inférieur à la moyenne annuelle de la décennie.

Les données de conjoncture à mi-année 2026 confirment la poursuite de la hausse des atteintes aux personnes : violences physiques +7 % sur douze mois glissants, violences sexuelles +15 % (cette dernière hausse étant fortement influencée par une consolidation exceptionnelle de procédures relatives aux violences sexuelles sur mineurs en juin 2026, suite à l’affaire Lyhanna).

Les homicides et tentatives d’homicide, en revanche, sont en légère baisse sur la même période (-3 %).

Les atteintes aux biens (vols, cambriolages, vols de véhicules) suivent une trajectoire inverse : elles sont globalement stables ou en baisse, confirmant le découplage entre délinquance contre les biens et délinquance contre les personnes.

8. Les facteurs d’explication possibles

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la dynamique observée depuis 2016. Aucune n’est exclusive :

  1. Effet de libération de la parole et de politiques publiques : Grenelle des violences conjugales, campagnes de sensibilisation, formations des forces de sécurité, meilleure prise en charge des victimes. Cet effet est particulièrement documenté pour les violences intrafamiliales et sexuelles.
  2. Amélioration de l’enregistrement statistique : le SSMSI a progressivement fiabilisé ses bases, et les services ont été sensibilisés à un enregistrement plus systématique.
  3. Évolutions sociétales et comportementales : certains observateurs évoquent une radicalisation des comportements, notamment dans certains quartiers, un sentiment d’impunité, ou des tensions sociales accrues. Ces hypothèses restent plus difficiles à quantifier précisément à partir des seules données administratives.
  4. Effet démographique et urbain : concentration des faits dans les grandes agglomérations, dans les zones touristiques ou défavorisées, et sur des populations jeunes.

Le SSMSI lui-même reste prudent. Il souligne régulièrement que les hausses des violences intrafamiliales et sexuelles s’inscrivent dans un contexte de meilleure révélation des faits, tout en notant que les violences hors cadre familial progressent également, bien que moins rapidement.

9. Ce que les chiffres ne disent pas (encore)

Plusieurs dimensions restent mal renseignées ou absentes des bilans annuels :

  • La gravité exacte des faits (durée d’incapacité totale de travail, séquelles, etc.) n’est pas systématiquement détaillée dans les synthèses publiques.
  • Le lien entre agresseur et victime hors cadre familial (connu / inconnu) n’est pas toujours disponible de façon fine.
  • Les comparaisons internationales restent délicates en raison de différences de définitions juridiques et de pratiques de plainte.
  • Le sentiment d’insécurité, mesuré par les enquêtes, progresse en parallèle des enregistrements, mais la corrélation n’est pas mécanique.

Enfin, les données de 2025 et 2026 restent, pour certaines séries, encore provisoires et susceptibles de légères révisions lors des bilans définitifs.

10. Conclusion : une tendance claire, des interprétations nuancées

Sur dix ans, le nombre de victimes de violences physiques enregistrées en France a fortement progressé. Cette hausse est tirée principalement par les violences intrafamiliales, dans un contexte de libération de la parole et de politiques publiques volontaristes. Les violences hors cadre familial progressent également, mais à un rythme plus modéré. Les violences sexuelles enregistrées ont plus que doublé.

Ces chiffres ne doivent ni être minimisés ni être interprétés de façon simpliste. Ils reflètent à la fois une réalité de terrain et une meilleure capacité de la société et des institutions à faire émerger des faits longtemps restés dans l’ombre. La stabilisation relative observée en 2024, suivie d’un rebond en 2025, montre que la tendance n’est pas linéaire.

Pour les citoyens, les élus et les forces de sécurité, l’enjeu n’est plus seulement de constater la hausse des enregistrements. Il est de distinguer ce qui relève d’une meilleure révélation des faits de ce qui relève d’une augmentation réelle de la violence, et d’adapter les réponses (prévention, dissuasion, prise en charge des victimes, traitement judiciaire) en conséquence.

Les données du SSMSI, régulièrement mises à jour et publiées en open data, constituent aujourd’hui la source la plus fiable pour suivre cette évolution. Elles méritent d’être lues avec attention, sans alarmisme excessif ni déni.

Sources principales (vérifiables)

  1. SSMSI – Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique et atlas départemental (juillet 2026)
  2. SSMSI – Victimes de violences physiques et sexuelles enregistrées : en hausse en 2025 (Interstats Analyse n°80, février 2026)
  3. Ministère de l’Intérieur – Insécurité et délinquance en 2025 : une première photographie (janvier 2026)
  4. SSMSI – La délinquance enregistrée : point à mi-année 2026
  5. SSMSI – Vécu et ressenti en matière de sécurité – Rapport d’enquête édition 2024
  6. SSMSI – Info rapide n°56 : Violences conjugales en 2024
  7. SSMSI – Victimes et mis en cause mineurs : état des lieux sur dix ans
  8. Portail Interstats du ministère de l’Intérieur : interieur.gouv.fr/Interstats

Toutes les données citées dans cet article sont issues des publications officielles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Les arrondis peuvent légèrement varier selon les documents (provisoires / définitifs).

Article rédigé à partir des données publiques du SSMSI • Octobre 2026
Les liens permettent de vérifier directement les sources officielles.